La communication des boites de tech est particulière, parce que les boites de tech sont particulières. Mais elle n’échappe pas aux commandements éternels des relations avec les media. En voici neuf – pour le dixième, envisagez coup de fil à un ami…
Soyons honnêtes : la visibilité médiatique des start-up et leur soutien politique sont inversement proportionnels à leur poids réel dans l’économie. Et le rôle des fonds est encore trop souvent méconnu une fois passée la deuxième couronne parisienne.
Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain : l’écosystème a évidemment grandi, il regorge d’entrepreneurs extraordinaires (surtout en France) et d’investisseurs qui ne le sont pas moins, mais il est encore trop critiqué pour certaines carences, notamment en matière de communication.
Alors puisque le tutoiement est de vigueur avec ces acteurs, nous allons partager avec à toi jeune entrepreneur, et toi, investisseur en quête de notoriété, les 9 commandements qui peuvent guider ta com’. Non, pas 10 ! N’insiste pas… Et, puisque nous ne sommes pas les derniers sur les afterworks, là encore une coutume courante, chacun de ces commandements vient avec une musique, histoire que ça reste en tête.
1. Connecté au réel, tu seras.
Rattache ta techno au quotidien. Parle usages, pas concepts. L’innovation ne vaut que si elle change quelque chose, quelque part, pour quelqu’un. Plutôt Basique de Orelsan.
2. Le journaliste comme partenaire, tu considéreras.
Il n’est ni ton ami, ni ton ennemi. Comprends ses contraintes éditoriales (en proposant un angle, pas un montant de levée ou de closing de véhicule) et de temps. Accepte qu’il te pose des questions qui dérangent, c’est rarement pour te nuire, mais pour mieux te comprendre. Joue le jeu du « give and take » en te rendant disponible, même pour ne pas parler de ta boîte. Vous jouez sur le même Terrain que Nono La Grinta.
3. Le off, tu t’y mettras.
Il ne sert pas à te piéger, mais à te situer. Deviens une source fiable, utile, qui dresse le panorama du secteur, qui distille de petites infos. N’aie pas l’impression de lâcher au journaliste tes plus gros dossiers : il reçoit des centaines de sollicitations par jour, des dizaines d’informations, qu’il ne peut pas toutes publier. Alors détends-toi. Et choisis un conseil qui t’évitera de prendre le mauvais café avec le mauvais bougre (devine qui). No Stress, d’Aya Nakamura.
4. Transparent sur tes revenus ou ta performance, tu seras.
Dans un cas, tu souffres de ta propension à vouloir cacher tes revenus, officiellement pour des raisons concurrentielles, officieusement pour masquer le delta le décalage entre les fois où tu bombais le torse, et la réalité. Dans l’autre, tu gardes jalousement secret ton niveau de perf’. Devenir big, c’est en prendre la mesure : l’ARR est presque devenue un minimum, et si tu ne veux pas donner ton TRI net, c’est qu’il y a un problème. Allez, rassure-toi sur A lot, de 21 Savage.
5. Des punchlines, tu prépareras.
Une interview TV, c’est 30 secondes pour exister. Prépare 2 ou 3 formules saillantes pour entrer dans les têtes. Pense slogan. Big up à Rémy Bigot de Fructify, qui avait dit « qu’avec eux, même les grands-mères vont investir dans la crypto ». Mets-toi Gonna Fly Now de Bill Conti pour bien t’entraîner avant d’aller sur le ring.
6. Le jargon, tu banniras.
« Nous sommes une société marketplace B2B qui met beaucoup de software et d’IA pour faire parler les chiffres ». Allez, vas te coucher. Dis juste que tu développes le meilleur logiciel de compta pour faire économiser des milliers d’euros aux PME. You Can Do It, Ice Cube.
7. L’humilité, tu pratiqueras.
Rien n’agace plus un journaliste qu’une startup qui a « tout compris » ou un VC qui « l’avait vu avant les autres ». Oui tu es bon, très bon même. Mais il y aura toujours meilleur que toi. Reconnaître ses interrogations rend le succès plus crédible. Telle est ta quête, pour atteindre l’Inaccessible étoile comme dirait Jacques Brel.
8. La régularité, tu t’imposeras.
La communication n’est pas un sport que l’on pratique uniquement les jours de levée et/ou de closing. Exister, c’est accepter de parler quand tu n’as pas d’annonce – et, plus généralement, quand tu n’en as pas besoin. Sois proactif, propose ton expertise, des tribunes, pense à des sujets terrain que tu vois émerger, afin de mâcher le travail des journalistes ou de leur suggérer des sujets. Ils apprécieront ton expertise et ton intérêt pour autre chose que « ta boite ». Encore et encore dit Francis Cabrel.
9. Les grandes séquences, tu anticiperas.
Ne commets pas l’erreur de croire que l’attention des médias est un truc qui se déclenche au bouton « communiqué de presse » quand tu en as besoin. Anticipe, planifie, donne du temps aux journalistes pour qu’ils ne soient pas last minute : ça vexe. Anticipe, et le rendu n’en sera que meilleur. Et prépare ton intervention TV (!), ça bégaye beaucoup trop souvent. Evite le Melodrama de Theodora.
Tu en veux un dixième, hein ? Ça tombe bien, c’est le plus important. Et tu sais où nous trouver pour qu’on te le lâche…
David Buzonie, Consultant & Florian Ridard, Associé