Classe d’actifs performante et en croissance constante, le Private Credit a dû faire face fin 2025 à une exposition médiatique sans précédent qui contraint le secteur à réinventer sa communication.

Après les punaises de lit, les cafards… De nouveaux parasites se sont invités dans le débat public à la faveur d’un bon mot de Jamie Dimon. Invité à commenter les faillites retentissantes (et, semble-t-il, frauduleuses) de First Brands et Tricolor, le patron de JP Morgan a répondu en octobre 2025 avec une image parlante : « Quand on voit un cafard, il est probable qu’il ne soit pas seul… ».

Un président devrait-il dire cela, au risque de formuler une prophétie autoréalisatrice ? Il n’en fallait en tout cas pas plus pour hanter les nuits d’investisseurs pour qui le scénario d’une crise systémique provoquée par ce que l’on appelle pudiquement des « incidents de crédit »(défaillance sur le remboursement d’une dette) dans un compartiment peu ou pas régulé a un air de « déja vu »… Bien des commentateurs, et même le FMI, ont pris le relais de Jamie Dimon pour voir dans les faillites de First Brands et Tricolor le fameux « canari dans la mine » annonciateur d’une « dislocation de marché », autrement dit, d’un krach. Car aucun investisseur n’a oublié que la crise des subprimes, qui devait devenir une crise financière générale, a été commencé, dès août 2007 et dans une relative indifférence du public, par le gel de trois fonds de BNP-Paribas.

Et, justement, quelques jours après la sortie de Dimon, Blue Owl, l’un des principaux gérants de fonds de « private credit » (fonds qui investissent directement dans la dette des entreprises), a gelé les retraits de l’un de ses fonds après avoir enregistré une décollecte de 15% de la valeur du fonds sur les neuf premiers mois de l’année 2025. L’initiative malheureuse (et la communication maladroite) de Blue Owl a accéléré, dans ce contexte de soupçon généralisé, les retraits des investisseurs (environ 5% de la valeur des fonds au seul quatrième trimestre, selon le Financial Times).

La classe d’actifs, qui représente d’ores et déjà plus de 2.000 Mds $ d’actifs sous gestion, reste pourtant promise à une croissance significative des encours, compte tenu de sa sous-allocation persistante dans les portefeuilles et des besoins de financement de l’économie. Mais l’asymétrie d’information entre les gérants et les investisseurs pousse ces derniers (qui soupçonnent une infestation de « cafards » sans savoir où et combien ils sont) à voter avec leurs pieds.

Stopper ce début d’hémorragie nécessite un effort accru de pédagogie et de communication auquel les principaux gérants de fonds de dette privée (Ares, Blue Owl, ICG…), traditionnellement très discrets, étaient peu habitués. Ils multiplient aujourd’hui les démarches visant à une démystification tardive mais bienvenue du « private credit », avec l’objectif de faire comprendre que la dette d’entreprise, si elle est bien sélectionnée, constitue un actif de qualité. Transparence sur le portefeuille, démonstration de l’alignement d’intérêts avec les investisseurs et de la robustesse des systèmes de risk management sont les thèmes sur lesquels ils sont attendus.

Alexis de Maigret