Spécialement en période électorale, le communicant s’impose, dans les procédures amiables et collectives, comme le garant d’une parole responsable entre attentes sociales et exigence de vérité économique.
En période électorale, les entreprises en difficulté se retrouvent presque fatalement au cœur de l’actualité. Érigées en symboles de la « désindustrialisation », présentées comme victimes de la mondialisation pour les uns, de la pression fiscale et normative pour les autres, elles ne peuvent guère échapper à la lessiveuse médiatique.
En 2017, l’usine Whirlpool d’Amiens (600 emplois) était devenue, après l’annonce de sa délocalisation en Pologne en pleine campagne présidentielle, un véritable théâtre politique, attirant les deux finalistes du scrutin. Marine Le Pen s’y est rendue pour dénoncer les délocalisations, tandis qu’Emmanuel Macron est venu rencontrer les salariés et les syndicats. L’épisode a cristallisé les débats sur la mondialisation, l’emploi et la responsabilité de l’État face aux crises industrielles.
Plusieurs projets de reprise ont été proposés et certains visaient à reprendre près de 200–300 emplois, mais ils n’ont pas permis de sauver durablement l’activité initiale. Si la médiatisation politique peut avoir pour effet de susciter une mobilisation en faveur de la recherche de solutions, elle tend aussi à faire naître des espoirs trompeurs.
La communication des entreprises en difficulté placées sous procédure amiable ou collective constitue, particulièrement en période de scrutin, un champ d’exercice spécifique et exigeant. Loin de se limiter à un rôle d’accompagnement, elle participe directement à la compréhension, à l’acceptabilité et à la stabilité des processus de restructuration, dans un contexte de forte exposition et de sensibilité sociale accrue.
Trois exigences doivent guider le discours. D’abord, la responsabilité : dire ce que le droit permet, ce que l’économie autorise, ce que les finances rendent possible. Ensuite, l’humanité : respecter celles et ceux qui traversent l’épreuve de la difficulté, sans les réduire à des symboles ou à des arguments. Enfin, l’honnêteté : le courage de ne pas promettre l’impossible, celui de préférer la vérité à l’illusion.
Vérité pour les entreprises, confrontées à des mutations industrielles profondes. Vérité pour les territoires, souvent fragilisés par des décisions qui les dépassent. Vérité, enfin, dans le débat public où l’opinion peine parfois à regarder en face la réalité économique lorsqu’elle devient inconfortable.
Les procédures amiables et collectives ne sont ni des aveux d’échec, ni des instruments de communication. Elles sont des outils de droit, conçus pour traiter la difficulté avec méthode, dans une recherche d’équité et de responsabilité. A cet égard, la communication peut, et donc doit être conçue pour contribuer à plus de visibilité et de cohérence dans un environnement fatalement marqué par l’incertitude et l’anxiété, et vulnérable aux manipulations.
Marie-Caroline Garnier – Directrice conseil