Journalistes de chaînes d’information en continu, ils travaillent dans l’urgence, au rythme du direct et des réseaux sociaux. De l’international à la politique, ils représentent une nouvelle génération de journalistes et nous racontent un monde qui va vite, en restant fidèles aux fondamentaux de leur métier.

Solenn Riou et Hugo Capelli se connaissent sans se connaître. Ils ne se sont jamais vraiment croisés, mais la télévision les réunit. Comme leurs pairs de l’info en continu de leur génération, ils savent où sont les autres, ce qu’ils font. Et ils constatent les mêmes évolutions. 

Hugo Capelli a appris le métier chez France Télévisions, recruté alors par Nathalie Saint-Cricq qui lui a transmis sa pratique du métier. Son premier direct est pour le 20h de France 2, lors de la tempête Alex en 2020. Face à 7 millions de téléspectateurs, les pieds trempés après une longue journée de tournage. Ce Nancéen passionné de sport couvre ensuite les JO de Paris avant de rejoindre BFMTV pour suivre Matignon, dans une période où le Premier ministre revêt une importance inédite sous la Ve République. Le rythme s’accélère, sous le regard bienveillant de Neïla Latrous, alors cheffe du service politique. « Les chaînes d’info en continu m’ont toujours attiré. Quand on veut la toute dernière info, on va sur BFMTV, parce que l’actualité y est racontée en direct », explique-t-il. 

Solenn Riou travaille pour LCI, où elle remplace ponctuellement le présentateur de la matinale et chronique l’international, l’ADN de la chaîne. Ancienne athlète de haut niveau, elle n’était « pas destinée à devenir journaliste ». Dix ans après son premier duplex pour couvrir… une course de roller, un moment dont elle a gardé les conseils reçus (comme celui de toujours connaître par cœur sa phrase d’accroche et une conclusion), Solenn Riou a multiplié les séjours en Ukraine et a couvert Israël après le 7-Octobre. La Nantaise a parcouru le monde et ses terrains de guerre, parfois aux côtés de grands mentors, comme le reporter de TF1 Michel Scott. Cette année, elle s’installe en plateau pour la matinale de LCI. « J’aimebien les nouveaux défis », dit-elle. 

À la seconde près

Tous deux décrivent un marqueur générationnel : l’instantanéité. « Nous sommes la première génération à travailler dans un flux permanent d’info », observe Solenn Riou.  « Tout va trèsvite », abonde Hugo Capelli. Les réseaux sociaux sont devenus des outils de travail indispensables. « Ils sont utilisés par les ministres, par le président de la République », rappelle Capelli. « Pour l’international, sans réseau social, je suis presque aveugle », sourit Riou. Le président Trump en a même fait fait son royaume. 

Sur l’IA, le ton est mesuré. Solenn Riou se dit peu convaincue ; Hugo Capelli n’y voit pas encore d’usage concret pour son métier. Une prudence qui marque un attachement aux fondamentaux du métier : lire, voir, vérifier, vérifier encore, avant de raconter.

Leurs fiertés, enfin, disent beaucoup de leur rapport au métier. Pour Solenn Riou, le moment le plus marquant reste ce reportage qui lui a valu le 2ème prix Bayeux, la récompense descorrespondants de guerre. Avec un casque et un gilet pare-balles, elle suivait des commandos ukrainiens. « Ce n’est pas pour les récompenses qu’on fait ça, mais c’est une belle reconnaissance », confie-t-elle. Pour Hugo Capelli, la fierté réside aussi dans l’instant. Il se remémore une interview exclusive qu’il a obtenue de l’ancien Premier ministre, Édouard Philippe. « Devant la caméra, il réitérait et assumait son appel à la démission du président de la République », rappelle-t-il. Deux terrains, une même fierté : avoir été là, au bon endroit, au bon moment, pour raconter ce qui se passe.

Hugo Bednarski (Consultant) et Luca Pozzo (consultant senior)