A contre-courant de la toute-puissance de la vidéo dans les réseaux sociauxla bonne vieille newsletter qui arrive par e-mail connaît un regain inattendu et séduit même les stars

Les nombreuses levées de fonds dans le secteur de l’intelligence artificielle de 2025 ont masqué une opération pourtant symptomatique : en juillet, Substack, entreprise américaine spécialisée dans la production et la diffusion de newsletters, levait 100 millions de dollars et atteignait, dans la foulée une valorisation de 1,1 milliard de dollars. La réussite de cette plateforme illustre la vitalité nouvelle du format pourtant très classique et longtemps regardé comme dépassé de la newsletter.

Ce succès se matérialise aussi bien à travers l’essor des plateformes permettant à n’importe quel internaute de créer sa newsletter (Substack, donc, mais aussi, par exemple, Kessel en France) que son développement au sein même des médias. Certains d’entre eux ont carrémentfait le choix de se développer autour de ce concept (Politico, Contexte…) ou de se réinventer en créant de nouveaux contenus dédiés au format lettre. L’émission télévisée Quotidien a ainsi lancé sa newsletter – sans aucun contenu vidéo – et d’y transformer entièrement sa ligne, certes sur le ton qui fait le succès du programme télé. Les grands quotidiens nationaux, quant à eux, possèdent désormais tous plusieurs newsletters sectorielles offrant à leurs plumes traditionnelles l’occasion de prolonger leurs analyses directement dans la boîte mail des abonnés.

La proximité offerte par ce format, qui crée un lien puissant avec le lecteur en venant directement à lui, n’est pas le seul intérêt de ces lettres d’un nouveau genre. Elles garantissentégalement à leurs auteurs la possibilité de s’affranchir des contraintes des médias (nombre de signes limité, éditorialisations standardisées, bornes temporelles liées aux bouclages avant parution) et d’affirmer pleinement leur personnalité. 

Les plateformes telles Substack et Kessel comptent aujourd’hui parmi leurs plumes de nombreux intellectuels (Jean Pisani-Ferry, Olivier Nora…) séduits par la liberté de ce format,mais aussi de véritables « stars ». C’est ainsi que les internautes ont pu découvrir avec beaucoup de surprise sur Substack la possibilité de recevoir des lettres écrites par Patti Smith ou Charlie XCX, qui possèdent pourtant déjà des millions d’abonnés sur les réseaux sociaux. Entrepreneurs et politiques viennent à leur tour au plaisir épistolaire 2.0 : on peut désormais recevoir les « lettres » de l’investisseur Michael Burry, ou encore de Barack Obama.

Millénaire et universel, le plaisir d’écrire et de recevoir une lettre semble bel et bien intact.

Anthony Gibert, directeur conseil